Le parasite des chats : l’infection silencieuse qui inquiète les scientifiques
Par Joe Wilkins .Publié le
2026/07/02 06:28
Juin. 02, 2026
Une étude internationale appelle à faire reconnaître la toxoplasmose comme une maladie tropicale négligée afin de stimuler la recherche et de réduire son impact sur la santé publique et la pauvreté.
L’un des parasites humains les plus répandus au monde ne se transmet pas uniquement par des piqûres d’insectes ou par de l’eau contaminée. Son cycle biologique dépend d’un animal présent dans des millions de foyers : le chat domestique. Les êtres humains peuvent toutefois être infectés en consommant de la viande crue ou insuffisamment cuite, en buvant de l’eau contaminée ou, dans les cas les plus sensibles, lorsqu’une mère infectée transmet le parasite à son enfant pendant la grossesse.
Il s’agit de Toxoplasma gondii, un protozoaire capable de rester latent dans l’organisme pendant des années. Bien que la majorité des personnes infectées ne développe jamais de symptômes grâce à un système immunitaire sain, certains patients — en particulier les personnes immunodéprimées et les fœtus infectés durant la grossesse — peuvent souffrir de complications graves touchant les yeux, le cerveau et le système nerveux. En outre, bien que des médicaments permettent de contrôler l’infection active, il n’existe actuellement aucun traitement capable d’éliminer complètement les kystes que le parasite forme dans les tissus.
Une infection silencieuse pouvant atteindre les yeux et le cerveau
Selon une étude récemment publiée dans la revue scientifique PLOS Neglected Tropical Diseases et relayée par le site spécialisé Gizmodo, la toxoplasmose constitue la principale cause d’uvéite infectieuse — une inflammation de l’intérieur de l’œil — dans le monde.
Dans cette étude, une équipe internationale de chercheurs affirme que cette maladie remplit tous les critères pour être officiellement reconnue comme une maladie tropicale négligée. Une telle classification permettrait de mobiliser davantage de ressources financières en faveur de la recherche, du développement de nouveaux traitements et de la mise en place de politiques de santé visant à réduire son impact mondial.
Un tiers de l’humanité vit avec le parasite
Les chiffres sont impressionnants. Plusieurs estimations indiquent qu’environ un tiers de la population mondiale — soit près de deux milliards de personnes — a été exposé à Toxoplasma gondii, dont environ 60 millions de personnes aux États-Unis.
Dans l’immense majorité des cas, le système immunitaire maintient le parasite sous contrôle et l’infection demeure latente toute la vie. Toutefois, lorsque les défenses immunitaires sont affaiblies ou que l’infection est contractée pendant la grossesse, de graves lésions peuvent apparaître au niveau de la rétine, du cerveau et du système nerveux central.
Le parasite peut-il modifier le comportement ?
L’un des aspects qui suscite le plus d’intérêt parmi les scientifiques concerne l’influence possible du parasite sur le fonctionnement du cerveau.
Diverses études ont mis en évidence des associations entre la toxoplasmose chronique et certains changements comportementaux observés chez les rongeurs, les loups et même les êtres humains. Certaines recherches suggèrent également que l’infection pourrait être liée à un risque accru de développer des troubles neuropsychiatriques, notamment la schizophrénie. Toutefois, cette relation reste à l’étude et aucun lien de causalité direct n’a encore été démontré.
La dopamine au cœur des recherches
Une analyse scientifique publiée en 2020 a indiqué que la présence du parasite pourrait modifier la manière dont le cerveau régule la dopamine, un neurotransmetteur essentiel impliqué dans la motivation, la récompense, le mouvement et de nombreuses fonctions cognitives.
Les chercheurs estiment que ces perturbations pourraient contribuer à expliquer certains des changements comportementaux observés dans différentes études, tout en soulignant que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces mécanismes.
Ni vaccin ni traitement curatif
La Dre Justine Smith, ophtalmologiste à l’Université Flinders et coauteure de l’étude, a déclaré à Gizmodo :
« Il n’existe actuellement aucun vaccin commercial contre la toxoplasmose. Les médicaments que nous administrons peuvent réduire les poussées ou les réactivations de la maladie, mais aucun traitement ne permet aujourd’hui d’éliminer complètement le parasite de l’organisme. »
Un cercle vicieux de vulnérabilité et de pauvreté
Les auteurs estiment que la reconnaissance officielle de la toxoplasmose comme maladie tropicale négligée constituerait une avancée décisive, en particulier pour les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Les populations les plus pauvres sont davantage exposées à l’infection en raison de mauvaises conditions sanitaires, d’un accès limité à l’eau potable et des difficultés à garantir une sécurité alimentaire adéquate.
Lorsque l’infection est transmise de la mère au fœtus, les conséquences peuvent durer toute la vie.
Des séquelles permanentes
Les enfants qui survivent à une toxoplasmose congénitale peuvent souffrir d’un handicap visuel, de troubles neurologiques et de difficultés d’apprentissage, ce qui compromet leur réussite scolaire, réduit leurs perspectives professionnelles et limite leur participation à la vie économique.
Le piège de la pauvreté
Ces séquelles entretiennent un cycle intergénérationnel de vulnérabilité. Les familles doivent supporter pendant des années des dépenses médicales importantes, des soins spécialisés et une perte de revenus, autant de facteurs qui rendent plus difficile la sortie de la pauvreté et contribuent à perpétuer les inégalités sociales.
Pour les chercheurs, la reconnaissance officielle de la toxoplasmose comme maladie tropicale négligée permettrait d’accélérer le développement de nouveaux traitements, d’améliorer les programmes de prévention et de réduire l’immense fardeau sanitaire et économique que ce parasite continue de faire peser sur des millions de personnes dans le monde.
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