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Nouni, la princesse égyptienne qui défia la mort par la beauté


Par Melissa .Publié le 2026/08/08 07:42
Nouni, la princesse égyptienne qui défia la mort par la beauté
Août. 08, 2026
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Une momie vieille de près de 3 000 ans révèle le pouvoir, la richesse et le désir de préserver, jusque dans l’au-delà, l’image d’un visage vivant

Dans l’Égypte ancienne, la mort ne signifiait pas la fin. Elle marquait le passage vers une autre existence. Le corps devait donc être préservé, l’identité sauvegardée et, autant que possible, l’apparence du défunt maintenue comme celle d’un être vivant.

L’histoire de Nouni, princesse et prêtresse égyptienne de la XXIe dynastie, offre un regard exceptionnel sur cette conception de la mort et de l’au-delà. Elle vécut durant la Troisième Période intermédiaire, entre environ 1070 et 945 avant notre ère. Sa momie et les objets déposés dans sa tombe permettent de mieux comprendre non seulement les pratiques funéraires de son époque, mais aussi l’importance accordée à l’apparence et à la beauté.

Nouni, parfois transcrit Nany, était une prêtresse de haut rang. Elle portait les titres de « Fille du Roi de son corps », de « Chanteuse d’Amon » et de « Maîtresse de maison ».

Elle était probablement la fille du grand prêtre Pinedjem Ier, qui devint plus tard pharaon. Plusieurs indices vont dans ce sens : Nouni fut enterrée à proximité d’autres filles de Pinedjem, tandis que son cercueil présente de fortes similitudes avec celui de sa sœur présumée, Henouttaouy.

On sait beaucoup moins de choses sur sa mère, Tentnabekhenu. Son nom n’est connu que grâce au « Livre des Morts » de sa fille, retrouvé dans sa tombe. Certains chercheurs ont avancé qu’elle aurait pu être une fille du grand prêtre Hérihor, voire d’un des rois de Tanis.

Une tombe bouleversée par le chaos

Nouni fut inhumée dans la tombe TT358, située à Deir el-Bahari. Le tombeau appartenait à l’origine à Ahmôsis-Méritamon, une reine du début de la XVIIIe dynastie, sœur et épouse d’Amenhotep Ier.

Des siècles plus tard, au cours de la 19e année du règne de Pinedjem, la tombe fut restaurée et probablement réutilisée pour accueillir la dépouille de Nouni.

Mais son dernier voyage fut loin d’être paisible.

Lorsque la tombe fut découverte, les restes de Nouni et ses cercueils se trouvaient dans un état de grand désordre, abandonnés dans le couloir de TT358. Tout porte à croire que la sépulture fut pillée peu après les funérailles.

Il est probable que des membres du cortège funéraire aient arraché les éléments en or des cercueils avant de quitter les lieux, laissant leurs différentes parties dispersées dans le passage.

Cette profanation eut même une conséquence pour le tombeau lui-même : les cercueils abandonnés finirent par bloquer l’accès à la chambre funéraire originelle de la reine Ahmôsis-Méritamon.

Pourtant, tout ne disparut pas. De nombreux objets échappèrent au pillage et permettent aujourd’hui de reconstituer certains aspects particulièrement intimes de la vie et des croyances de Nouni.

Des cercueils réutilisés pour une princesse

L’un des détails les plus révélateurs concerne les cercueils eux-mêmes.

L’ensemble de cercueils en bois de sycomore avait été fabriqué à l’origine pour la mère de Nouni. Plus tard, le nom et les titres de la fille furent peints par-dessus ceux de sa mère.

Le travail fut cependant réalisé avec peu de soin. Les anciennes inscriptions sont encore parfaitement visibles, comme si l’identité de la mère avait résisté à l’effacement.

Les cercueils intérieurs (30.3.24a,b) comme les cercueils extérieurs (30.3.23a,b) présentent des lacunes dans les zones qui étaient probablement recouvertes d’or.

Là encore, tout semble indiquer que les éléments précieux furent retirés peu après l’inhumation. Le visage et les mains dorés furent vraisemblablement arrachés, une pratique malheureusement loin d’être exceptionnelle dans l’Égypte ancienne.

Une masque funéraire (30.3.25), qui devait être placée au-dessus de la momie, a néanmoins été conservée. Son visage doré, lui aussi, a disparu.

Le « Livre des Morts » caché dans une statue d’Osiris

Parmi les objets associés à la sépulture de Nouni se trouvait une pièce particulièrement intrigante : une statue d’Osiris dotée d’un espace creux intérieur, fermé par un couvercle circulaire fixé avec du plâtre.

Ce compartiment constituait une véritable cachette secrète.

Il abritait le « Livre des Morts » de Nouni, soigneusement protégé à l’intérieur de la statue.

Le papyrus (30.3.35), également connu sous le nom de « Livre pour sortir au jour », contient les chapitres 128, 30, 75, 115, 132, 94, 71, 72 et 105.

Certains passages sont accompagnés d’illustrations correspondant au texte. D’autres sont constitués uniquement d’images. Elles représentent Nouni sous les traits d’une jeune femme dans l’au-delà.

Un détail est particulièrement intéressant : le nom de sa mère apparaît sur la partie extérieure du rouleau de papyrus, tandis que le nom de Nouni est inscrit à l’intérieur.

Ce document n’était donc pas seulement un texte religieux. Il constituait aussi, en quelque sorte, un guide personnel destiné à accompagner la défunte dans son voyage vers l’autre monde.

Douze heures pour traverser la nuit

Un autre texte (30.3.32) fut retrouvé soigneusement plié en huit et placé sur le haut des cuisses de la momie.

Il s’agit de l’Amduat, le « Livre de ce qui est dans l’au-delà ». Son objectif était d’aider le défunt à franchir avec succès les douze heures de la nuit dans le monde souterrain.

La version retrouvée dans la tombe de Nouni est fortement abrégée, mais elle conserve des représentations de la défunte.

Sur sa poitrine fut également découvert un amulette-scarabée en faïence (30.3.34), représentant un scarabée sur une pièce de faïence en forme de croissant.

Une guirlande funéraire (30.3.33a) accompagnait également le corps. Elle avait été divisée en deux parties au cours des funérailles : l’une fut placée sur la poitrine de la momie, tandis que l’autre fut retrouvée derrière l’un des cercueils, sur le sol de la tombe.

La guirlande était composée de feuilles de perséa et de pétales de lotus, cousus au moyen d’un point double sur de fines bandes de feuilles de palmier.

Du lin, une perruque et 392 chaouabtis

Parmi les nombreuses couches de bandelettes enveloppant la momie, les archéologues découvrirent également un fragment de lin (30.3.36), découpé dans un châle à franges.

L’inscription qui y figurait devait probablement identifier le propriétaire du tissu ou en indiquer la qualité. Mais l’encre s’était détériorée et avait pénétré les fibres du textile.

Une perruque (30.3.35) fut également retrouvée près de la tête de la momie. Lors de sa découverte, elle était recouverte d’une substance collante et résineuse. Il est probable qu’elle ait été traitée avec de la cire d’abeille et des graisses animales.

Et ce n’était pas tout.

Sept coffres à chaouabtis furent retrouvés à proximité. Très simples, ils étaient peints en blanc et totalement dépourvus d’inscriptions.

Cinq sont aujourd’hui conservés au Metropolitan Museum of Art, tandis que deux autres se trouvent au Caire.

À l’intérieur se trouvaient pas moins de 392 figurines chaouabtis.

Ces petites statuettes avaient une fonction précise : servir le défunt dans l’au-delà et accomplir à sa place certaines tâches. Des « surveillants » étaient donc également nécessaires pour diriger et contrôler les autres figurines.

Seules quelques-unes sont présentées ici, mais la base de données du Metropolitan Museum contient des images de l’ensemble des chaouabtis de Nouni conservés dans sa collection.

Qu’est devenue la momie de Nouni ?

L’une des énigmes les plus fascinantes concerne paradoxalement le corps lui-même.

Il n’a pas été possible de retrouver une photographie de la momie de Nouni, ni même un numéro d’inventaire permettant de l’identifier avec certitude. On sait cependant que ses bandelettes furent retirées.

Les recherches indiquent que son crâne se trouve aujourd’hui au Peabody Museum de l’université Harvard, ce qui laisse penser que le reste de la momie aurait probablement disparu.

Les bandelettes furent retirées par l’égyptologue américain Herbert Winlock au Metropolitan Museum, en 1929 ou 1930.

L’examen révéla une femme particulièrement petite, mesurant environ 1,47 mètre, mais de constitution robuste. Ses caractéristiques physiques pourraient indiquer qu’elle avait bénéficié d’une vie relativement aisée.

Nouni serait morte vers l’âge de 70 ans, un âge remarquable pour son époque et peut-être même supérieur à celui de son père.

La beauté contre la mort

Mais ce qui fascine le plus chez Nouni n’est ni sa taille, ni son âge, ni même son rang social.

C’est le soin extraordinaire apporté à son apparence après sa mort.

Les embaumeurs traitèrent son corps avec une grande minutie. Ses cheveux furent teints et des matériaux furent placés sous sa peau afin de redonner au corps une apparence plus naturelle et plus vivante.

Son visage fut également peint avec soin.

Il ne s’agissait pas seulement de retarder les effets de la décomposition. Il fallait préserver l’identité de Nouni, maintenir ses traits reconnaissables et, autant que possible, restituer à son visage l’apparence d’une femme vivante.

Près de trois millénaires plus tard, cette intention reste perceptible.

Nouni témoigne d’une civilisation qui ne considérait pas la mort comme une disparition absolue. Le corps devait survivre au passage vers l’au-delà. L’identité devait être préservée. Et la beauté, d’une certaine manière, devait résister au temps.

C’est peut-être là que réside le véritable héritage de Nouni : même la mort ne devait pas avoir le dernier mot sur son visage.

Son corps fut préparé pour l’éternité. Et près de trois mille ans plus tard, nous cherchons encore à retrouver, derrière les bandelettes et les vestiges funéraires, le visage de la femme qui voulait défier la mort par la beauté.

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