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Ni noirs ni blonds : le code génétique révèle la couleur de peau des pharaons


Par Philip Perry .Publié le 2026/05/17 11:19
Ni noirs ni blonds : le code génétique révèle la couleur de peau des pharaons
Mai. 17, 2026
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L’origine ethnique et les caractéristiques physiques des anciens Égyptiens figurent depuis des décennies parmi les sujets les plus controversés dans les milieux de l’égyptologie et de l’histoire ancienne. Depuis les années 1970, certains courants ont tenté de présenter les pharaons comme appartenant exclusivement à l’Afrique subsaharienne, tandis que des théories eurocentristes extrêmes ont cherché à attribuer au roi Toutânkhamon et à ses ancêtres une origine nord-européenne.

Mais une avancée scientifique majeure est venue relancer le débat mondial autour de l’identité des anciens Égyptiens. Les analyses génétiques extraites de momies pharaoniques apportent aujourd’hui des éléments scientifiques qui remettent en question à la fois les récits afrocentristes radicaux et les anciennes théories eurocentristes, en replaçant les pharaons dans leur environnement historique et géographique naturel : le Proche-Orient et le bassin oriental de la Méditerranée.

Dans un rapport publié par Big Think, le journaliste Philip Perry explique qu’une équipe scientifique internationale est parvenue à franchir l’un des plus grands obstacles de l’archéogénétique : extraire un ADN exploitable à partir de momies égyptiennes antiques. Cette prouesse a permis la première séquence génétique réussie de pharaons, un tournant majeur dans l’étude scientifique de l’Égypte ancienne.

Les pharaons et leurs liens avec le Proche-Orient 

L’étude pionnière, publiée dans la revue scientifique Nature Communications, conclut que les anciens Égyptiens étaient génétiquement plus proches des populations du Proche-Orient, notamment des peuples du Levant — correspondant aujourd’hui à la Syrie, au Liban, à la Jordanie et à la Palestine — ainsi que de certaines populations d’Anatolie et de Mésopotamie.

Les analyses ont été réalisées sur des momies datant du Nouvel Empire et des périodes postérieures, y compris l’époque de la domination romaine sur l’Égypte. Les comparaisons génétiques ont permis de retracer une partie de l’évolution démographique des populations vivant le long du Nil.

Parmi les principaux résultats :

La composante génétique issue de l’Afrique subsaharienne était nettement plus faible chez les anciens Égyptiens que chez les Égyptiens modernes.
Les chercheurs estiment que l’augmentation des gènes subsahariens dans la population égyptienne s’est principalement produite au cours des 1 500 dernières années.
L’étude relie ce brassage génétique tardif au commerce transsaharien des esclaves, au développement des échanges commerciaux africains et à l’amélioration de la navigation sur le Nil.

Une stabilité génétique malgré les invasions 

Au cours de son histoire, l’Égypte a été conquise par de nombreux empires et puissances étrangères : Perses, Grecs, Romains, Arabes et Ottomans, entre autres. Les chercheurs voulaient donc déterminer si ces vagues successives d’invasions avaient profondément modifié la composition génétique de la population.

Wolfgang Haak, responsable du groupe de recherche à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire, a déclaré :

« La population d’Abousir el-Meleq a montré une remarquable continuité génétique pendant les 1 300 années étudiées, ce qui suggère qu’elle a été relativement peu affectée par les conquêtes et les dominations étrangères. »

Cette conclusion contredit l’idée selon laquelle chaque conquête aurait transformé radicalement la population du Nil sur le plan biologique.

Une victoire scientifique dans un environnement hostile 

L’étude a été dirigée par Johannes Krause, également chercheur à l’Institut Max Planck. Pendant longtemps, les scientifiques considéraient comme presque impossible l’extraction d’un ADN intact à partir de momies égyptiennes, en raison du climat chaud, de l’humidité présente dans certaines tombes et des substances chimiques utilisées lors de la momification, qui accélèrent la dégradation génétique.

Cependant, l’équipe de Krause a introduit des techniques avancées de séquençage à haut débit ainsi que des protocoles extrêmement rigoureux de décontamination. Les chercheurs ont ainsi réussi à obtenir des résultats fiables à partir de momies découvertes sur le site archéologique d’Abousir el-Meleq, situé à environ 115 kilomètres au sud du Caire.

Les scientifiques ont notamment procédé à :

l’extraction des génomes mitochondriaux de 90 momies ;
le séquençage complet de trois génomes avec une grande précision à partir de dents, d’os et de tissus mous ;
la stérilisation intégrale des échantillons dans des laboratoires spécialisés en Allemagne à l’aide de rayons ultraviolets avant le début du séquençage.

Les chercheurs ont également constaté que les dents et les os conservaient mieux l’ADN grâce à la protection offerte par les tissus préservés lors de l’embaumement.

Continuité génétique et limites scientifiques 

Afin de replacer ces découvertes dans leur contexte historique, les chercheurs ont comparé l’ADN des momies avec celui de cent Égyptiens modernes et de 125 Éthiopiens.

Johannes Krause a résumé les résultats en déclarant :

« Pendant 1 300 ans, nous observons une continuité génétique remarquable. »

La période étudiée s’étend du Nouvel Empire — lorsque l’Égypte était à l’apogée de sa puissance — jusqu’à l’année 426 après J.-C., durant la domination romaine.

Malgré l’importance de cette avancée scientifique, les chercheurs reconnaissent plusieurs limites importantes. Toutes les momies analysées proviennent d’un seul site archéologique situé en Moyenne-Égypte, ce qui signifie que ces résultats ne représentent pas nécessairement l’ensemble de l’Égypte ancienne.

Les scientifiques suggèrent notamment que les populations du sud de l’Égypte, plus proches de l’intérieur du continent africain, pouvaient présenter des caractéristiques génétiques différentes et davantage d’influences subsahariennes.

À l’avenir, les chercheurs espèrent déterminer avec davantage de précision à quel moment les gènes subsahariens se sont intégrés à la population égyptienne et pour quelles raisons historiques exactes. Ils cherchent également à analyser des échantillons plus anciens afin de remonter jusqu’à la préhistoire et combler les zones d’ombre qui entourent encore les origines biologiques de l’une des plus grandes civilisations de l’humanité.

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