Aiguisez vos sens : Voici le parfum des momies égyptiennes antiques
Par Laura Baisas .Publié le
2026/02/09 10:25
Février. 09, 2026
L’image des momies est restée longtemps gravée dans nos esprits comme le symbole du silence des tombeaux ou des cauchemars des films d’horreur. Pourtant, la science vous invite aujourd’hui à une expérience totalement différente, qui transcende la vue. Grâce aux avancées spectaculaires de l’archéologie biomoléculaire, les chercheurs ne se contentent plus d’étudier ce que l’œil peut voir. Ils parviennent désormais à extraire les empreintes moléculaires infimes nichées dans les artefacts pour reconstituer les senteurs qui s’en dégageaient il y a des millénaires.
Une nouvelle étude publiée dans la revue Frontiers in Environmental Archaeology démontre comment les musées peuvent exploiter la puissance des preuves moléculaires pour nous plonger dans l’univers sensoriel du passé. À partir de découvertes concrètes sur d’anciens objets, une équipe de chercheurs a conçu des cartes parfumées portables et des diffuseurs d’odeurs pour accompagner les expositions sur la momification égyptienne.
Barbara Huber, co-auteure de l’étude et archéo-chimiste à l’Institut Max Planck de géoanthropologie, souligne que cette recherche marque un tournant dans la manière de partager les résultats scientifiques au-delà des publications académiques. En collaboration avec Sofia Collette Ehrich, historienne de l’art spécialisée dans le récit olfactif, elles ont fait converger la chimie antique et l’étude du parfum comme vecteur de communication.
De l’analyse chimique à l’émotion olfactive
Pour donner vie à ce projet, la parfumeure et pharmacienne Carole Calvez s’est appuyée sur les signatures chimiques identifiées par les recherches de Barbara Huber. Elle précise toutefois que ce processus ne se limite pas à une simple reproduction technique. Selon elle, le véritable défi consiste à imaginer la senteur dans sa globalité. Si les données biomoléculaires fournissent des indices essentiels, le parfumeur doit traduire ces informations en une expérience olfactive cohérente qui évoque la complexité de la matière originale plutôt que ses composants isolés.
L’équipe a ainsi mis au point deux dispositifs pour présenter ces senteurs antiques au public du musée August Kestner à Hanovre, en Allemagne. Une carte parfumée portable ainsi qu’une station de diffusion fixe permettent désormais de redécouvrir les arômes de la momification.
Dépasser les clichés du genre
Pour les commissaires de l’exposition, Christian E. Loeben et Ulrike Dubiel, l’odorat offre une approche inédite de la momification. Elle permet de s’éloigner de la peur et des clichés cinématographiques pour mieux apprécier les motivations réelles et les rituels des anciens Égyptiens.
Ce dispositif a également été installé au musée Moesgaard à Aarhus, au Danemark. Le conservateur Steffen Terp Laursen témoigne que cette station olfactive a transformé la compréhension des visiteurs. L’odeur apporte une profondeur émotionnelle et sensorielle que les simples textes explicatifs ne pourraient jamais offrir.
Cette initiative prouve que les traces moléculaires du passé peuvent se transformer en expériences culturelles significatives dans le présent. L’objectif final, comme le conclut Sofia Collette Ehrich, est d’offrir aux musées des outils innovants pour rapprocher le public des pratiques et des environnements disparus grâce à l’engagement sensoriel.
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