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Un contrat à plusieurs millions de dollars annulé en raison de soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle


Par Victor Tangermann .Publié le 2026/08/02 06:34
Un contrat à plusieurs millions de dollars annulé en raison de soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle
Août. 02, 2026
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La maison d’édition Minotaur, filiale du groupe Macmillan US, a annulé un contrat d’une valeur de 2,4 millions de dollars portant sur le premier roman inédit de l’écrivain Jerry Valade, intitulé « Call Me, I'll Hide the Body ».

Des interrogations concernant un possible recours à l’intelligence artificielle lors de la rédaction de l’ouvrage ont conduit l’éditeur à mettre un terme à l’accord.

Cette décision ne traduit toutefois pas une volonté de fixer une ligne éthique pour protéger l’industrie de l’édition face à ses nouveaux défis. Minotaur s’est surtout retirée du projet par crainte de ne pas pouvoir garantir la protection des droits d’auteur si certaines parties du manuscrit avaient été générées par une intelligence artificielle.

Une crise grandissante dans le monde de l’édition

À mesure que les contenus générés par l’intelligence artificielle se multiplient, les véritables écrivains peinent de plus en plus à se distinguer. Qu’elles soient fondées ou non, les accusations visant des auteurs soupçonnés d’avoir utilisé l’IA témoignent d’un profond bouleversement du secteur de l’édition, où cette technologie a semé un désordre qui paraît de plus en plus difficile à maîtriser.

Bien que « Call Me, I'll Hide the Body » n’ait pas encore été publié, des studios de cinéma et de télévision du monde entier avaient déjà commencé à se disputer les droits d’adaptation, selon Deadline, rendant l’affaire particulièrement sensible. Des détecteurs d’intelligence artificielle auraient relevé plusieurs indices laissant penser que l’auteur aurait eu recours à cette technologie lors de la rédaction du roman. Jerry Valade rejette cependant catégoriquement ces accusations.

L’agence littéraire retire son soutien

Dans un courrier électronique adressé à plusieurs éditeurs internationaux et obtenu par Deadline, Sandy Hogman, agente littéraire de Hogman Literary Agency, a déclaré :

« L’auteur a produit un manuscrit remarquable qui nous a impressionnés, tout comme de nombreux professionnels de premier plan de l’édition à travers le monde. Malheureusement, nous ne sommes plus en mesure de vérifier avec certitude la manière dont ce manuscrit a évolué depuis ses premières versions jusqu’au texte final. »

Elle poursuit :

« Au cours du processus de soumission, nous avons interrogé l’auteur sur un éventuel recours à l’intelligence artificielle et nous avons accepté ses assurances selon lesquelles ni l’écriture ni la révision du manuscrit n’avaient fait appel à cette technologie. Nous ne sommes désormais plus en mesure de le démontrer et avons donc décidé de retirer le livre. »

À la suite de cette décision, plusieurs sociétés qui avaient déjà commencé à négocier les droits internationaux du roman policier ont abandonné le projet.

Un coup dur pour les auteurs humains

Cette affaire constitue un nouveau tournant pour une industrie déjà fragilisée par l’afflux massif de contenus générés par l’intelligence artificielle, souvent produits rapidement et de faible qualité. Les auteurs voient les œuvres auxquelles ils ont consacré des années de travail servir à l’entraînement des systèmes d’IA générative, tandis que des plateformes comme Amazon sont envahies par des livres entièrement produits par des algorithmes, reléguant les créations authentiques au second plan.

Le phénomène est devenu si préoccupant que OpenAI a modifié le fonctionnement de ChatGPT afin qu’il refuse les demandes visant à imiter le style d’un auteur identifié, comme l’a rapporté Ars Technica. Dans le même temps, les questions relatives aux droits d’auteur restent largement sans réponse, alors que plusieurs procédures judiciaires sont en cours, notamment celle intentée par un groupe de grands éditeurs contre Google, accusé d’avoir entraîné illégalement son modèle Gemini à partir de millions d’ouvrages protégés par le droit d’auteur.

L’auteur nie fermement les accusations

La question de savoir si l’intelligence artificielle a réellement été utilisée pour écrire le roman demeure entière.

Selon le journaliste spécialisé dans le divertissement Jeff Sneider, Jerry Valade devra restituer les sommes qui lui avaient été versées à titre d’avance.

Au téléphone avec Sneider, l’écrivain a déclaré :

« Les accusations sont fausses. Je suis totalement innocent. J’étais à deux doigts de réussir, puis des rumeurs ont soudainement commencé à circuler sans que personne ne prenne la peine de me poser la moindre question. Je ne comprends pas pourquoi mon agence ne m’a pas soutenu. »

Il ajoute :

« J’ai déjà énormément perdu. Je n’ai personne à appeler et aucun véritable soutien dans cette industrie. J’ai simplement écrit mon manuscrit, qui a ensuite déclenché une véritable guerre d’enchères entre plusieurs pays. »

Des précédents inquiétants

Cette affaire intervient quelques mois après le retrait, en mars dernier, du roman « The Shy Girl » de l’écrivaine Mia Ballard des rayons des librairies, à la suite de nombreuses accusations selon lesquelles elle aurait utilisé l’intelligence artificielle pour l’aider à écrire son ouvrage, comme l’a révélé The New York Times.

L’auteure a confié au journal :

« Cette controverse a bouleversé ma vie à bien des égards. Ma santé mentale n’a jamais été aussi fragile et ma réputation a été détruite pour quelque chose que je n’ai pourtant jamais fait. »

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