La culture du copier-coller révèle la géographie des hallucinations de l’intelligence artificielle
Par Frank Landymore .Publié le
2026/08/02 06:48
Août. 02, 2026
La facilité du « copier-coller » et la confiance aveugle accordée aux absurdités produites par l’intelligence artificielle semblent désormais avoir gagné jusqu’aux administrations publiques. Lors d’une présentation de responsables du Département d’État américain à l’occasion de la Conférence internationale sur le sida 2026, organisée au Brésil, les participants ont découvert avec stupéfaction une carte de l’Afrique qui ne ressemblait en rien à la réalité, comme si elle provenait d’un univers parallèle.
Les représentants du Département d’État ont présenté avec assurance une carte du continent africain qui semblait tout droit sortie d’une réalité alternative.
Cette illustration était censée montrer les régions susceptibles de bénéficier d’un financement américain dans le domaine de la santé. En réalité, chacun des pays mis en évidence était mal localisé ou incorrectement identifié.
Le Nigeria, pourtant pays côtier bordé par l’océan Atlantique, avait été déplacé au beau milieu du Sahara. Le Mozambique, situé en Afrique australe orientale, apparaissait soudain dans la Corne de l’Afrique. Les frontières de l’Ouganda et du Malawi étaient également erronées.
Plus étonnant encore, la Côte d’Ivoire – dont le nom même évoque son ouverture sur le littoral – était représentée comme un État enclavé, sans aucun accès à la mer.
Comment un tel désastre géographique a-t-il pu se produire ?
Une analyse de Reuters a révélé que la carte portait un filigrane indiquant qu’elle avait été générée à l’aide d’un modèle d’OpenAI. L’incident constitue ainsi un nouvel exemple des « hallucinations » de l’intelligence artificielle, dont les résultats sont repris sans vérification par des personnes qui abandonnent leur esprit critique à une technologie censée accomplir leur travail à leur place. OpenAI a indiqué à Reuters avoir ouvert une enquête sur cette affaire.
De nombreux participants ont immédiatement remarqué les erreurs et ont diffusé des images de la carte déformée sur Internet. Toujours selon Reuters, Emily Bass, spécialiste du VIH, a été la première à publier ces images dans un billet sur Substack, rapidement relayé sur LinkedIn.
Matt Peet, spécialiste de l’intelligence artificielle et de la géopolitique au Atlantic Council, a écrit dans une publication ayant dépassé les 40 000 vues :
« La personne qui a créé puis validé cette diapositive ne sait manifestement pas où se trouvent les pays africains et ne s’est même pas donné la peine de vérifier son travail. »
Reconnaissance officielle et répercussions politiques
Dans un communiqué, le Département d’État américain a déclaré assumer « l’entière responsabilité de la confusion et des informations trompeuses » communiquées aux participants, y compris à ses partenaires africains.
Le ministère a précisé que cette « regrettable erreur » était due au fait qu’un membre de l’équipe avait modifié la présentation dans la précipitation, quelques instants seulement avant le début de l’intervention.
Pour de nombreux observateurs, ce recours négligent à l’intelligence artificielle illustre également l’attitude de l’administration Trump face à la lutte contre l’épidémie de VIH/sida. L’an dernier, l’administration a réduit les financements du President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR), le plus vaste programme mondial de lutte contre le VIH/sida.
Une étude récente montre en outre que plus de 1 700 centres de traitement du VIH ont dû fermer après avoir perdu leurs financements, dans le cadre du démantèlement de la United States Agency for International Development (USAID) engagé par l’administration Trump.
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