LinkedIn s’attaque au « AI Slop » avec un nouvel outil de signalement
Par Victor Tangermann .Publié le
2026/07/31 13:39
Juin. 31, 2026
Submergé par une vague de contenus générés par intelligence artificielle jugés de faible qualité, LinkedIn tente désormais de reprendre le contrôle de son fil d’actualité. Le réseau professionnel est devenu, aux yeux de nombreux utilisateurs, un terrain propice aux publications superficielles destinées avant tout à provoquer des réactions, souvent amplifiées par des comptes automatisés qui se répondent entre eux à coups de formules creuses.
La controverse a pris une nouvelle dimension la semaine dernière lorsque Chris Best, directeur général de Substack, a critiqué la dérive observée sur la plateforme de Microsoft lors de l’annonce d’un outil de détection des textes générés par IA. Il a alors affirmé vouloir éviter que Substack ne devienne « un nouveau LinkedIn », dominé par des contenus artificiels sans véritable valeur ajoutée.
Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène
Selon Pangram, une entreprise spécialisée dans l’identification des contenus produits par intelligence artificielle, près de deux tiers des publications analysées grâce à son extension de navigateur présentent des signes caractéristiques d’une génération par IA. Pour les articles et les contenus longs, plus de 40 % seraient entièrement produits par des outils d’intelligence artificielle.
Ces données alimentent les inquiétudes croissantes autour de la transformation des réseaux sociaux professionnels en espaces saturés de textes automatisés, au détriment des échanges authentiques.
LinkedIn introduit discrètement une fonction de signalement
Face aux critiques, LinkedIn semble avoir pris la mesure du problème. Sans communication majeure, la plateforme a ajouté une nouvelle option permettant aux utilisateurs de signaler les publications qu’ils considèrent comme du « AI Slop », expression utilisée pour désigner des contenus générés massivement par IA, souvent pauvres en information ou en originalité.
Un utilisateur du réseau Bluesky a raconté avoir d’abord pensé à une plaisanterie avant de découvrir que cette fonctionnalité existait réellement et pouvait être utilisée sur plusieurs publications.
Une réponse qui soulève encore des questions
Si cette initiative constitue un premier pas vers une meilleure régulation des contenus, son efficacité reste incertaine. Lorsqu’une publication est signalée, elle disparaît du fil de l’utilisateur à l’origine du signalement. Mais LinkedIn n’a pas précisé si ces contenus feront ensuite l’objet d’une analyse approfondie ni quelles mesures pourraient être prises contre leurs auteurs.
La question centrale demeure donc celle de la modération : comment traiter efficacement une éventuelle avalanche de signalements sans mobiliser des moyens humains considérables ?
Le paradoxe de LinkedIn : combattre l’IA tout en l’encourageant
La nouvelle politique de LinkedIn révèle une certaine contradiction. Alors que la plateforme cherche à limiter les contenus artificiels de faible qualité, elle continue parallèlement à proposer des outils d’aide à la rédaction reposant sur l’intelligence artificielle.
Selon l’entreprise, cet assistant permet aux utilisateurs d’améliorer leurs profils et leurs publications grâce à des suggestions personnalisées destinées à renforcer leur visibilité. Ces recommandations reposent sur les informations fournies par les membres ainsi que sur l’analyse de millions d’autres profils.
L’entreprise avait également été critiquée l’année dernière après avoir utilisé des données d’utilisateurs, sans consentement explicite, pour entraîner des assistants numériques baptisés « AI Colleagues ». Face aux réactions négatives, ce projet controversé avait finalement été abandonné.
Préserver la valeur de la parole humaine
Le 20 mai, LinkedIn a affirmé vouloir protéger davantage l’authenticité des échanges sur sa plateforme et éviter que les contributions humaines ne soient noyées dans une masse croissante de contenus générés automatiquement.
Laura Lorenzetti, rédactrice en chef chez LinkedIn, a expliqué qu’un usage excessif de l’intelligence artificielle pouvait affaiblir la richesse des discussions, dont la valeur repose avant tout sur l’expérience, le point de vue et la créativité des utilisateurs.
Selon elle, l’IA peut rester un outil d’accompagnement dans la rédaction, mais les publications doivent continuer à porter la voix personnelle de leurs auteurs. « La véritable valeur se trouve toujours dans l’être humain derrière l’outil », résume cette approche.
LinkedIn travaille désormais sur des systèmes capables d’identifier les caractéristiques des contenus générés par IA considérés comme peu authentiques ou de faible qualité.
Les utilisateurs appelés à participer au nettoyage de la plateforme
Avec cette nouvelle fonction de signalement, LinkedIn tente d’impliquer directement sa communauté dans la lutte contre la prolifération des contenus automatisés.
Reste à savoir si cette stratégie permettra de restaurer durablement la confiance des utilisateurs et de préserver l’identité professionnelle qui faisait jusqu’ici la particularité du réseau.
De nouvelles précisions sur le dispositif
Après les premières révélations, Hari Srinivasan, vice-président chargé des produits chez LinkedIn, a apporté des précisions sur le fonctionnement de cette nouvelle option.
Le bouton de signalement est accessible depuis le menu à trois points de chaque publication. Lorsqu’un contenu reçoit plusieurs signalements, son auteur est informé via son tableau de bord analytique que certains utilisateurs le considèrent comme peu authentique ou excessivement dépendant de l’intelligence artificielle.
Par ailleurs, LinkedIn a commencé à revoir certaines fonctions de génération automatique de contenus. La plateforme souhaite désormais privilégier une IA d’assistance plutôt qu’une IA capable de produire seule des publications complètes, afin de favoriser des contenus plus personnels, plus authentiques et davantage liés à l’expérience réelle des utilisateurs.
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