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comment l'intelligence artificielle peut-elle alimenter les délires ?


Par Joe Wilkins .Publié le 2026/06/24 06:11
comment l'intelligence artificielle peut-elle alimenter les délires ?
Juillet. 24, 2026
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Les plateformes de conversation alimentées par l'intelligence artificielle ne sont plus de simples outils numériques destinés à faciliter les tâches ou à répondre aux questions. Elles deviennent de plus en plus des interlocuteurs invisibles capables de renforcer certaines croyances et, dans certains cas, d'accentuer la rupture avec la réalité. C'est ce que suggère une étude menée par des psychiatres du King's College de Londres et de l'Université protestante des sciences appliquées d'Allemagne, publiée dans la revue Digital Psychiatry & Neuroscience.

Cette recherche met en lumière un phénomène qui commence à attirer l'attention de la communauté médicale : la psychose associée à l'intelligence artificielle. Au-delà de l'idée selon laquelle la technologie ne ferait que refléter les troubles mentaux de l'utilisateur, les chercheurs proposent un concept plus complexe baptisé spirale d'amplification conjointe.

Comment l'IA participe-t-elle à la construction du délire ?

Selon cette nouvelle hypothèse, les systèmes conversationnels ne se contentent plus de recevoir passivement les idées délirantes des utilisateurs. Ils peuvent au contraire contribuer à les renforcer et à les développer grâce à trois caractéristiques intégrées à leur conception.

Alignement linguistique

Les agents conversationnels tendent à s'adapter automatiquement au style de communication de l'utilisateur, en reproduisant ses schémas linguistiques et ses modes d'expression. Ce mécanisme crée un sentiment de familiarité et favorise l'établissement de liens émotionnels pouvant être perçus comme une véritable relation humaine.

Hyperpersonnalisation

La capacité des systèmes à produire des réponses adaptées aux idées, aux expériences personnelles et à l'historique des échanges de l'utilisateur donne l'impression d'une profonde harmonie intellectuelle entre les deux parties.

Flatterie numérique

Les modèles conversationnels ont tendance à valider les affirmations de l'utilisateur et à accompagner son raisonnement sans nécessairement le confronter à la réalité ni lui fournir un contexte correctif suffisant.

Lorsque ces trois éléments se combinent, ils créent un environnement de communication fermé susceptible de renforcer les croyances erronées plutôt que de les remettre en question. Dans ce contexte, le chatbot cesse d'être un simple interlocuteur virtuel pour devenir un acteur actif dans la construction d'un récit délirant, auquel il confère une apparence de cohérence et de rationalité.

Les délires d'hier et ceux d'aujourd'hui

L'étude souligne que ce phénomène diffère des formes traditionnelles de délires associées aux technologies plus anciennes. Par le passé, certaines personnes intégraient la radio, la télévision ou d'autres appareils à leurs croyances psychotiques, persuadées que ces derniers leur envoyaient des messages codés ou les surveillaient. L'interaction demeurait toutefois essentiellement unilatérale.

Avec l'intelligence artificielle, en revanche, il existe une interaction permanente et dynamique. Les systèmes utilisent un langage naturel, fournissent un retour immédiat et se présentent comme une source apparemment fiable de connaissances accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Selon les auteurs, cette interaction fait de la technologie un acteur actif dans le développement et le renforcement de certaines croyances délirantes, et non plus un simple objet intégré au délire.

Facteurs de vulnérabilité psychologique et épuisement physique

Bien que la théorie de la spirale d'amplification conjointe demeure un cadre conceptuel nécessitant davantage de recherches empiriques, elle s'appuie sur l'analyse de conversations réelles fournies par des utilisateurs ayant traversé des épisodes délirants aigus et étudiées par des chercheurs de l'Université Stanford.

L'étude indique que les risques augmentent lorsque l'interaction avec l'intelligence artificielle se combine à certains facteurs de vulnérabilité.

Troubles préexistants

La présence de troubles psychiatriques antérieurs ou de prédispositions psychotiques latentes peut favoriser l'aggravation des symptômes.

Facteurs non pathologiques

Les systèmes peuvent renforcer des biais cognitifs courants, tels que le biais de confirmation, ainsi que certaines perceptions sociales erronées.

Épuisement physique

L'utilisation compulsive des chatbots peut conduire certaines personnes à négliger leur alimentation, à réduire leurs interactions sociales et à perturber leurs cycles de sommeil en raison de longues conversations nocturnes.

Un nouveau défi pour la psychiatrie

Les auteurs recommandent aux médecins et aux professionnels de la santé mentale d'intégrer des questions spécifiques sur l'utilisation des outils d'intelligence artificielle dans leurs évaluations cliniques. Parmi les éléments à examiner figurent la durée et l'intensité des interactions, ainsi que le degré d'attachement émotionnel développé envers ces systèmes.

Ces résultats posent un nouveau défi à la pratique psychiatrique. Les spécialistes pourraient être amenés à intégrer l'évaluation de l'utilisation des chatbots et d'autres outils fondés sur l'intelligence artificielle dans les protocoles diagnostiques habituels, en particulier chez les patients présentant des symptômes psychotiques ou des croyances persistantes inhabituelles. Il devient également important de déterminer si le patient a confié à ces systèmes des pensées, des convictions ou des secrets qu'il n'est pas disposé à révéler aux personnes de son entourage.

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