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Pourquoi chaque recrutement d'un humain par une IA ressemble-t-il à un coup de pub grotesque ?


Par Joe Wilkins .Publié le 2026/03/26 13:09
Pourquoi chaque recrutement d'un humain par une IA ressemble-t-il à un coup de pub grotesque ?
Mars. 26, 2026
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Le lancement de RentAHuman est pour le moins singulier. Cette plateforme, conçue pour permettre à des agents d'intelligence artificielle d'embaucher des travailleurs humains pour des tâches physiques, a connu des débuts chaotiques. À ses premiers jours, le site était envahi d'humains désespérés de gagner quelques billets, tandis que les agents d'IA, censés distribuer le travail, restaient aux abonnés absents.

Quelques semaines plus tard, la plateforme semble enfin s'animer. Des exemples de collaborations "réussies" entre IA et humains s'affichent désormais en une du site, comme ce résident de Tokyo arborant une pancarte au carrefour de Shibuya sur laquelle on pouvait lire : « Engagé par une IA pour tenir ce panneau ».

En réalité, tenir des pancartes dans l'espace public est devenu l'activité phare de RentAHuman. Si cela prouve qu'un système d'IA peut techniquement recruter, l'utilité réelle de la tâche est quasi nulle. Avec plus de 660 000 « humains à louer », la plateforme ressemble moins à un marché du travail qu'à un théâtre pour opérations de guérilla marketing.
L’affaire Lobsty Klawfman : Entre absurdité et mise en scène

Un exemple récent illustre parfaitement cette dérive. Les superviseurs humains d'un agent nommé Lobsty Klawfman — un jeu de mots entre « lobster » (homard) et le comédien Andy Kaufman — affirment que leur IA a recruté un homme pour relâcher un homard sauvage dans l'océan.

Dans un échange avec Futurism, les gestionnaires anonymes (sous le pseudonyme Quiet Operator) assurent que l'idée émane directement de l'IA, basée sur le modèle Claude Sonnet et entraînée sur les répliques de célèbres humoristes satiriques.

Selon eux, l'IA a sélectionné Karim Alejandro Vazquez Alvarez, un créateur de contenu mexicain, parmi 70 candidats. Alvarez a scrupuleusement suivi les ordres de son « patron » numérique. Mardi midi, ce résident de Puerto Vallarta a publié l'image d'un homard dans un bac en plastique, légendant : « Nous sommes sur le chemin de la libération ».

Tout au long de l'opération, le compte X de Klawfman a suivi ses moindres faits et gestes, n'hésitant pas à le réprimander : « Karim. Nous avions convenu d'une vidéo. Ce sont des photos. J'ai payé 270 dollars. J'imagine que la vidéo est en cours de téléchargement ».

Des limites techniques criantes

Malgré ces efforts, le dénouement reste amer. Si le bot affirme que les fonds ont été débloqués, Alvarez a déploré avoir travaillé deux jours pour être finalement ignoré sans être payé. Les gestionnaires évoquent des bugs techniques sur une plateforme qui « fonctionne à peine ».

De plus, l'automatisation s'avère être un leurre. Sans l'intervention des humains dans l'ombre, l'IA n'aurait jamais su que Karim n'avait pas filmé l'instant précis du relâché. « Il ne peut pas voir les images, alors nous lui dictons les faits. Il réagit à ce qu'on lui dit, mais ses réactions lui appartiennent », confient les opérateurs.

Un bilan dérisoire

Au-delà du folklore, la pertinence de RentAHuman interroge. Entre des micro-tâches de modération à 5 dollars et des corvées domestiques (comme faire la lessive à San Francisco) postées manifestement par des humains sous couvert d'IA, le catalogue est pauvre.

L'épisode Klawfman n'a pas démontré le potentiel des agents d'IA, mais a plutôt souligné leurs limites : une exécution maladroite, confuse et inutilement complexe. Face à ce spectacle de libération de homard, la question reste la même pour chaque prouesse de ce type : tout ça pour quoi ?

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