L’intelligence artificielle déaille : une grand-mère innocente incarcérée pendant six mois
Par Frank Landymore .Publié le
2026/03/16 09:13
Mars. 16, 2026
Une erreur logicielle, couplée à une négligence policière flagrante, a conduit une grand-mère sans histoires derrière les barreaux.
Une enquête poignante menée par la station de radio WDAY, dans le Dakota du Nord, révèle comment Angela Lipps, 50 ans, a passé près de six mois en détention. La cause : un outil de reconnaissance faciale utilisé par la police de Fargo l’a identifiée à tort comme suspecte dans une affaire de fraude bancaire.
Mère de trois enfants et grand-mère de cinq petits-enfants, Mme Lipps a passé toute sa vie dans le centre-nord du Tennessee, à plus de 1 600 kilomètres du lieu du crime. En juillet dernier, les Marshals américains ont fait irruption chez elle alors qu’elle gardait quatre enfants, pour l’arrêter sous la menace de leurs armes.
Un engrenage bureaucratique aveugle
Considérée comme fugitive, elle a d’abord été écrouée dans une prison du Tennessee, sans possibilité de caution. « Je n’ai jamais mis les pieds dans le Dakota du Nord, je n’y connais personne », a-t-elle confié à la station.
Selon les rapports de police obtenus par WDAY, l’erreur provient de l’analyse d’images de vidéosurveillance datant du printemps 2025. On y voit une femme utilisant une fausse identité militaire pour retirer des dizaines de milliers de dollars. Pour obtenir des pistes, les détectives se sont fiés exclusivement à l’IA.
Malgré les doutes légitimes, aucun policier de Fargo n’a pris la peine de l’interroger avant son arrestation. Il a fallu attendre 108 jours pour qu’elle soit transférée dans le Dakota du Nord, et son premier interrogatoire n’a eu lieu qu’en décembre, après cinq mois de captivité.
Une vie brisée par la négligence
Jay Greenwood, l’avocat de Mme Lipps, a fustigé cette dépendance aveugle à la technologie : « Si la reconnaissance faciale est votre seul indice, il serait judicieux de creuser un peu plus ». Ce dernier a produit des relevés bancaires prouvant irréfutablement que sa cliente se trouvait dans le Tennessee au moment des faits. Face à l’évidence, les autorités ont abandonné les charges et l’ont libérée la veille de Noël.
Pourtant, la police de Fargo ne lui a proposé aucune aide pour son rapatriement. Sans ressources et vêtue de ses seuls habits d’été sous la neige du Dakota, elle n’a dû son salut qu’à la solidarité d’avocats locaux et d’une association humanitaire.
À son retour, le constat est amer : Angela Lipps a perdu sa maison, sa voiture et son chien. À ce jour, aucun représentant de la police de Fargo n’a présenté d’excuses pour ce fiasco judiciaire.
Ce cas n'est malheureusement pas isolé, illustrant une fois de plus les dangers de l'usage non régulé de la reconnaissance faciale dans les enquêtes criminelles.
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