Démocratie à louer : comment l'IA a fait basculer la politique environnementale
Par Joe Wilkins .Publié le
2026/02/23 10:34
Février. 23, 2026
Alors que le monde des affaires s'enthousiasmait fin 2023 pour les promesses de l'intelligence artificielle en faveur du climat, le recul de ce début d'année 2026 impose un constat cinglant. Les ambitions de Google, qui prédisait une baisse de 10% des émissions mondiales, ou de Microsoft, qui voyait dans l'IA un accélérateur de durabilité, semblent aujourd'hui relever de la pure rhétorique. En réalité, cette technologie est devenue un levier puissant pour contrecarrer les régulations écologiques.
Une enquête du Los Angeles Times révèle comment une initiative visant à éliminer les appareils au gaz en Californie du Sud a été mise en échec par une campagne de lobbying numérique d'un genre nouveau. Le projet, porté par la South Coast Air Quality Management District (AQMD), visait à réduire les émissions d'oxyde d'azote. Mais à l'été 2025, l'agence a été littéralement submergée par un flux de dizaines de milliers de courriels d'opposition, simulant une colère citoyenne spontanée.
L'offensive numérique de CiviClick
Ce déluge numérique porte une signature : CiviClick, un logiciel qui se présente comme une Disruptive Digital Advocacy Software. Selon les documents consultés, plus de 20 000 commentaires publics ont été générés via cette plateforme. Grâce à son AI powered automatic message generator, le logiciel peut produire des messages aux contenus aléatoires et aux objets variés, rendant la détection de l'automatisation quasi impossible pour les autorités.
Face à ce qui semblait être une levée de boucliers massive, le conseil d'administration de l'AQMD a rejeté la mesure par 7 voix contre 5. Matt Klink, le stratège de cette campagne, a d'ailleurs admis que CiviClick avait été l'élément déterminant pour faire basculer l'opinion des décideurs.
Une démocratie de façade
L'enquête souligne pourtant une réalité plus sombre : de nombreux citoyens dont les noms ont été utilisés ignoraient tout de l'envoi de ces messages. Cette stratégie a directement servi les intérêts de l'industrie du gaz, en conflit ouvert avec l'agence environnementale depuis fin 2024.
Le cabinet de Matt Klink, Klink Campaigns, est partenaire de California Strategies, l'une des plus importantes firmes de lobbying de l'État. Parmi ses clients figurent des géants de l'énergie tels que Sempra, propriétaire de la Southern California Gas Company.
Si l'Astroturfing — la simulation d'un mouvement populaire — est une vieille recette de la politique américaine, son automatisation par l'IA marque un tournant dangereux. Les intérêts privés n'ont plus besoin de convaincre les électeurs ; il leur suffit désormais de louer une armée numérique pour paralyser les réformes.
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